25
fév
2008

My trip: Transit

Après avoir affronté la douane en ayant une grosse envie de vomir et de m’arracher la tête, j’ai enfin réussi à investir le marché féerique Duty Free de ce merveilleux aéroport qu’est Toronto. C’est vrai qu’il l’est. Comment en serait-il autrement. Pas une seule aspirine en vu. Il va falloir que je reprenne l’avion pour enfin espérer en trouver dans un nouvel eldorado plus exotique. LAX. Je ne sais pas pourquoi mais moi j’associe cela immédiatement à laxatif. Peut être que mon atroce envie de succomber à mes monstres internes guide quelque peut ma vision des choses.
Je pense être quelqu’un de civilisé mais ce qui est en train de se produire en moi est très loin de ce que l’homme moderne peut concevoir. Je vais imploser. Mes puantes tripes vont se répandre et tout le monde sera ravi de se débarrasser d’une personne dans la file d’attente aux douanes. Je suis tellement suffoqué par mes violences internes que je ne remarque même pas cette splendide jeune femme qui me demande si ce crayon fonctionne. En effet je suis affalé sur une table remplie de papiers de toutes les couleurs en différentes langues ce qui pourrait être agréable à contempler sauf que là tout de suite, il est impossible d’y voir quoi que ce soit de poétique. Sans lever la tête je lui lance “try” et continue ma petite déposition ayant pour but de démontrer que je ne suis pas un terroriste assez stupide pour cocher “oui” à la question “venez-vous dans le but de commettre un acte criminel”. “Shit!”, “Merde” (charmant accent). Je relève la tête et tombe immédiatement dans cet océan bleu où je me sens si bien. Elle parle un peu français et mon accent si parfait m’a une fois de plus trahi. Je lui sourie. Mon combat intérieur m’empêche cependant d’être plus entreprenant. Un simple “vous partez où?” aurait fait l’affaire mais pas moyen, il faut que j’accouche de ma douleur avant, ce qui est évidemment impossible devant une aussi belle femme. Elle attend que j’en finisse pour me voler mon stylo scotché à un malheureux fil sur toute cette paperasserie arc-en-ciel. Un éclair transperce mon mal de tête et l’idée lumineuse pointe son délicat nez dans cet amas de bouillie de cervelle, j’ai un stylo dans mon sac. Je le sors et le lui tend. Les portées dessinées dessus ainsi que ma guitare posée à côté de moi doivent jouer en ma faveur car elle me considère un peu plus.
Elle est incroyable.
Je jurerais l’avoir déjà vu dans un film ou bien en photo pour Christian Dior. Une brune aux yeux bleus comme on en croise pas à toutes les douanes d’aéroport. Elle a ce côté mec sur d’elle qui me place définitivement au rang de chewing-gum collé à son talon. Il n’y a rien à faire. Je reste paralysé mentalement et surtout physiquement. Elle me rend le stylo, me souhaite un “bon voyage” avec cet accent à vous faire dormir heureux pour l’éternité une fois que vous l’avez entendu et se sauve tel une rock star fuyant les meutes de photographes et fans en transent.
Je me sens con seul avec mon stylo à la main et ma feuille verte devant moi.
Le mal de crâne est parti en même temps que la fille, à moins que ce ne soit le fait d’avoir enfin franchi le cap “entrée sur le territoire américain”. Je pars enfin fouler le sol de bon nombre de mes héros. Un rêve d’ado va se réaliser.
Il reste néanmoins cette torsion de boyaux, je dois avoir un macramé dans le bide. Cela amuserait sûrement pas mal de gosses de jouer avec. A l’occasion je leur montrerai.
Je commence à avoir un aperçu des réponses aux questions que je ne me posais pas. Cela ressemble à quoi un américain en dehors de la télévision? J’ai devant moi un petit échantillon. Citoyen lambda avec citoyenne lambda, sweet capuche et gilet de bûcheron pour monsieur, blonde et capuche bordée de fourrure pour madame. Asiatiques, mexicains, indoux et comme dans tout bon film catastrophe, j’ai une sorte de confrérie en tee-shirt vert qui ne cesse de se prendre dans les bras.
L’embarquement est annoncé, évidemment dans tous ces chiffres je ne comprends rien et préfère m’abstenir de me lancer dans la file d’attente pour le moment.

Ecrit par kent dans : Nouvelles | Tags : , , , ,

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